Fictions et interactions
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n°2 : 2004
AGGLO
LABO SEMEX
Pratiques artistiques contemporaines à l’intérieur
et à l’extérieur du web :
Postures transversales et hybridations
Visées du labo :
Le projet vise à expérimenter et à analyser des postures
artistiques transversales dans et hors réseau. Deux postures transversales
aux pratiques artistiques contemporaines seront analysées :“
l’activation ” et “l’équivalence émission
/ réception ”.
On expérimentera certaines réalisations susceptibles de se développer
à la fois sur le web et en dehors de celui-ci (interventions artistiques
sans médiations dites“ furtives ”, expositions, sites web)
sous la forme de pratiques qualifiées d’“ hybrides”.
Si “ l’activation ” et “ l’équivalence
émission / réception ” impliquent une “ dissémination
” de l’échange, cette dissémination est-elle susceptible
de s’opposer à la conception d’une pratique artistique
comme pratique “ singulière ” ?
« Les foules-éclair »
La première réalisation du labo semex est une analyse des «
foules-éclair ». Les questions initiales du labo (activation,
hybridation et singularité) et certains éléments documentés
et discutés sur le labo transactive.exe. d’agglo en constituent
les points de départ.
Les questions du rite et de la cérémonie relatives aux foules-éclair
sont abordées en les reliant à une approche des « invariants
de la techno-utopie du réseau » (Muso, 2003).
Les notions de « corps-réseau », corps-miroir » et
« corps-multiple » sont développées pour déboucher
sur les rapports entre activation, hybridation et singularité. Une
esquisse de la notion de la singularité est réalisée
avec Félix Guattari.
Pratiques artistiques contemporaines à l’intérieur et
à l’extérieur du web :
Postures transversales et hybridations
Objet de la recherche(délimitation)
Deux simplifications tentent de modéliser des postures artistiques
contemporaines d’une société en réseau :
1) la première simplification transversale à l’intérieur
ou à l’extérieur du web caractérise l’activité
artistique sous le mode de “ l’activation ”.
L’artiste programme des dispositifs ouverts au sein d’une communauté
d’individus en visant à infléchir ou à amplifier
une situation déjà existante. Les notions de création,
de production d’un objet, d’exposition et même de médiation
à des tiers sont fortement relativisées jusqu’au point,
dans certains cas, de disparaître. Cette situation sera plus facilement
exemplifiée ici à l’extérieur de l’internet.
On pourra prendre pour exemple restrictif et caricatural de cette situation
“ Touch Sanitation ”, 1978-79 de Mierle Laderman Ukeles où
ce dernier s’est donné pour tâche d’aller serrer
la main sur leur lieu de travail de tous les employés municipaux du
service sanitaire de New York . On peut comprendre, à travers cet exemple,
l’importance de la situation vécue en direct et celle de l’importance
d’une rencontre physique des personnes qui ne peut s’effectuer
sur le web. Néanmoins, le mode de l’activation peut également
être exemplifiée sur le réseau internet.
2) la deuxième simplification plus spécifique à l’utilisation
du web représente les individus reliés comme “ se partageant
à part égale entre la situation d’émetteur et de
récepteur ”.
L’activité de créateur ou de producteur dans le réseau
est indissociable de l’activité de lecteur et d’interprète
des éléments mis en circulation. Dans la situation limite, il
y a égalité et réciprocité entre la situation
émission et la situation réception. Dans le contexte artistique,
la relation peut se préciser comme visant à densifier et à
multiplier les liens entre des situations vécues ou / et des objets
culturels envisagés comme des matériaux à reconfigurer.
L’activité de réception engage celle de découpage,
prélèvement et réinjection dans le circuit des échanges.
Le contexte peut être apparenté, dans ce dernier cas, à
celui du “ sampling ”, version cependant fort différente,
sous la forme de l’échantillonnage, des pratiques du montage
et du collage qui ont traversé le XXe siècle.
Cette relation au montage et au collage forme une troisième délimitation
plus générale du sujet que l’on voudrait préciser
avec la pratique de l’“ hybridation ”. L’hybridation
est un mélange contre nature qui laisse perdurer partiellement les
éléments qui ont été associés. Celle que
l’on vise ici est avant tout celle qui associe des pratiques à
la fois sur le web et en dehors de celui-ci. Le cas le plus fréquent
est sans doute celui qui associe une expérience vécue (vivre
dans un lieu d’habitation, héberger au sens domestique, ou tout
autre forme de l’échange réalisé en direct) avec
sa médiation sur le web, tout en faisant réagir cette diffusion
dans la vie quotidienne (web caméra par exemple). Mais il est également
relativement fréquent que, malgré la remise en cause de la forme
exposition, celle-ci continue de perdurer en continuité, en parallèle
avec des formes d’échange spécifique dans le réseau
. L’hybridation renvoie donc ici à trois formes d’expressions
artistiques : pratiques dites “ furtives ” non médiées,
expositions, sites d’artistes. (problématique)
Si le territoire de l’hybridation qualifie largement, et sans qu’il
soit nécessaire de le démontrer, l’activité artistique
contemporaine, ceux de l’activation et de l’émission/réception
dans le réseau ne sont que partiellement identifiés et problématisés
à propos d’une activité artistique. On a esquissé
préalablement un territoire particulier qui tente de les associer.
Si l’on a exemplifié la notion d’activation hors du web
(Mierle Laderman Ukeles), on peut comprendre que le prélèvement
et la réinjection d’éléments vécus, d’éléments
culturels ou tout simplement de liens dans le réseau est une forme
de l’activation. L’hybridation vise ici une pratique transversale,
à la fois dans le réseau et mixant celui-ci avec des pratiques
extérieures.
Trois questions seront expérimentées et analysées en
rapport avec le territoire qui vient d’être esquissé :
1) Qu’en est-il de l’ “ activation ” dans le réseau,
hors réseau, dans leur association, voire dans leur hybridation ?
2) Qu’en est-il de la “ réciprocité et de l’équivalence
émetteur / récepteur ” dans le réseau, hors réseau,
dans leur association, voire dans leur hybridation ?
3) Qu’en est-il de la “ singularité ” des pratiques
et des oeuvres dans un territoire qui semble favoriser avant toutes choses
l’échange entre personnes sous le mode de l’activation
et de l’égalité entre émetteur et récepteur
?
Il semble que l’on puisse être tenté d’y voir une
progressive disparition de la singularité. Pourtant, ce que l’on
veut opposer ici en priorité à la singularité des pratiques
et des oeuvres, n’est pas sa disparition mais le principe de “
dissémination ”. Il y a en effet dans l’activation et dans
l’équivalence émission/réception non pas disparition
mais démultiplication et éparpillement de l’échange.
Les significations de dispersion et d’éparpillement qui sont
associées à la dissémination connotent aussi dans l’univers
botanique ou viral une possible et aléatoire micro-fécondation.
Ainsi, la question centrale qui veut être posée dans le territoire
que l’on a esquissé est celle du rapport entre singularité
et dissémination. Elle n’oppose pas en priorité la singularité
à sa disparition mais à une dispersion dont la reconduction
, la multiplication sont essentiels. La singularité des pratiques et
des oeuvres n’est-elle pas en définitive celle que l’on
a repérée comme globalement émergente dans une actualité
récente ? Le rapport singularité/dissémination doit-il
être compris comme celui de deux moments successifs ou bien dans le
contexte du rapport canonique redondance / imprévisibilité ?
Cependant, si la dissémination a été soigneusement distinguée
de la disparition, on n’exclura pas a priori la disparition progressive
de la singularité en réduisant alors l’échange
à la simple reconduction du lien.
Les questions engagées impliquent donc trois hypothèses :
1- Les descriptions simplifiées de deux postures artistiques contemporaines
à travers la notion “ d’activation ” et celle de
“ l’équivalence émission / réception ”
sont pertinentes pour décrire une partie des pratiques artistiques
contemporaines dans et hors réseau.
2- L’“ hybridation ” comme pratique traverse, relie et qualifie
l’activité artistique dans le réseau et hors réseau.
3- Si l’activation et l’équivalence émission/réception
impliquent une dissémination de l’échange, cette dernière
est susceptible de s’opposer avec la conception d’une pratique
artistique comme une pratique singulière.
(Positionnement et bibliographie)
Le territoire et les questionnements engagés résultent directement
des échanges réalisés entre le Collège Invisible
de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Marseille et l’UFR
des Arts Plastiques et des Sciences de l’Art de l’Université
Paris I (“ Unplugged Session ” à l’Université
Paris I du 15 mars au 5 avril 2001). La revue Plastik n°2 du CERAP (Centre
d’Etudes et de Recherches en Arts Plastiques de l’Université
Paris I a publié au début du mois de mai 2002 la totalité
des échanges de Patrice Loubier, universitaire canadien, avec la totalité
des membres de la première session du collège invisible, sous
la forme d’un tiré à part qui sera communiqué dans
la version papier du dossier.
Le positionnement adopté est prioritairement celui de l’expérimentation
artistique (même si ce qui qualifie habituellement cette expérimentation
est partiellement défait). Secondairement, l’analyse du rapport
singularité / dissémination dégagera deux grands types
d’arrière plan-théorique. Le premier s’inscrit dans
la réflexion sur les théories de l’information et de la
communication et dans le contexte du rapport canonique redondance/imprévisibilité.
Mais outre ce lien historique à la théorie de l’information,
il pourra faire l’objet d’un deuxième déplacement
à travers la notion d’émergence modélisé
dans les sciences cognitives. D’autres notions pourront être envisagées
de façon plus intuitive notamment celle de densification qui peut résonner
ici lointainement avec le concept de singularité en mathématique.
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La méthodologie (corpus)
Le corpus à analyser a pour point de départ la totalité
des échanges de Loubier avec les artistes du collège invisible
qui a servi de matériau à la mise en forme de ce projet de recherche.
Il se développera dans l’étude et l’expérimentation
de situations hybrides comme celles qui associent exposition et travail en
réseau. Un premier exemple est celui de “ Unplugged Session ”
à l’Université Paris I du 15 mars au 5 avril 2001. Il
pourra se reconduire avec l’exposition “ Public Key ”, 15
mai au 15 juin 2002, Apex, New York City.
D’une façon plus générale, on tentera également
d’étendre aux formes hybrides dans et hors réseaux, des
exemples non hybrides où les notions d’ “ activation ”
et d’ “ émisssion/réception ” sont significatives
: “ Appartement-vie ” de Ricardo Mendoça, projet d’échange
de la totalité des biens domestiques de Martin Dufrasne, “ Survival
virus de survie ” de Mathieu Beauséjour, “ Marked like
some pages in a book ” de Devora Neumark peuvent constituer quelques
exemples de l’ “ activation ” hors réseau par exemple.
On dégagera également un corpus sous la forme d’un lexique
informatique à mettre en jeu dans la description et l’analyse
des pratiques artistiques contemporaines.
Enfin, ce corpus aura en partie pour arrière-plan théorique,
les questions du rapport redondance/imprévisibilité dans la
théorie de l’information et le concept d’émergence
dans les sciences cognitives.
(types d’approches)
L’approche expérimentale, assumant pleinement son statut artistique
sera associée ou développée en parallèle à
l’approche analytique. Pour la part dite “ créative ”,
on développera les projets de deux ou trois équipes d’artistes-étudiants-enseignants-chercheurs
associés au projet. Les quatre situations spécifiées
(activation, équivalence réception/émission, hybridation
et dissémination) formeront les critères pour qualifier les
projets en rapport avec la question de la singularité.
Pour la part dite analytique, la méthode consistera à explorer
un lexique de concepts informatiques et à les mettre en jeu dans la
description et l’analyse des pratiques artistiques contemporaines.
Hypothèses :
1- Les descriptions simplifiées de deux postures artistiques contemporaines
à travers la notion “ d’activation ” et celle de
“ l’équivalence émission / réception ”
sont pertinentes pour décrire une partie des pratiques artistiques
contemporaines dans et hors réseau.
2- L’“ hybridation ” comme pratique, traverse, relie et
qualifie l’activité artistique dans le réseau et hors
réseau.
3- Si l’activation et l’équivalence émission/réception
impliquent une dissémination de l’échange, cette dernière
est susceptible de s’opposer à la conception d’une pratique
artistique comme une pratique singulière.
termes clés :
POSTURE TRANSVERSALE, PRATIQUE TRANSVERSALE, HYBRIDATION, ACTIVATION, ÉQUIVALENCE
ÉMISSION / RÉCEPTION, ENCODAGE, CRYPTOGRAPHIE, SINGULARITÉ,
DISSÉMINATION.
